05/03/2013

Comme s'il n'était donné qu'aux "inférieurs" de souffrir de différences que les autres estiment sans importance

La semaine passée, nous avions une invitée charmante qui m'a gentiment laissé un best-seller suédois au titre interminable, que je n'ai pas encore lu (j'hésite un peu, je ne suis pas sûre que ça va me plaire). Elle est partie samedi après-midi avec deux jeunes backpackers aux cheveux blonds ébouriffés, dans un quatre-quatre équipé de pare-buffles et d'un tuba.

Samedi soir, j'ai relu Une femme d'Annie Ernaux. J'adore ce livre si beau et dépouillé, qui m'a fait pleurer à chaudes larmes. Au-delà du côté poignant, ce texte fourmille de remarques intéressantes et qui sonnent toujours très juste, comme celle-ci par exemple :

Je me suis mise à mépriser les conventions sociales, les pratiques religieuses, l'argent. Je recopiais des poèmes de Rimbaud et de Prévert, je collais des photos de James Dean sur la couverture de mes cahiers, j'écoutais La mauvaise réputation de Brassens, je m'ennuyais. Je vivais ma révolte adolescente sur le mode romantique comme si mes parents avaient été des bourgeois. Je m'identifiais aux artistes incompris. Pour ma mère, se révolter n'avait eu qu'une seule signification, refuser la pauvreté, et qu'une seule forme, travailler, gagner de l'argent et devenir aussi bien que les autres. D'où ce reproche amer, que je ne comprenais pas plus qu'elle ne comprenait mon attitude : "Si on t'avait fichue en usine à douze ans, tu ne serais pas comme ça. Tu ne connais pas ton bonheur." Et encore, souvent, cette réflexion de colère à mon égard : "ça va au pensionnat et ça ne vaut pas plus cher que d'autres."
A certains moments, elle avait dans sa fille en face d'elle, une ennemie de classe.

ou celle-ci :

Mon mari et moi, nous avions le même niveau d'études, nous discutions de Sartre et de la liberté, nous allions voir L'Avventura d'Antonioni, nous avions les mêmes opinions politiques de gauche, nous n'étions pas originaires du même monde. Dans le sien, on n'était pas vraiment riche, mais on était allé à l'université, on s'exprimait bien sur tout, on jouait au bridge. La mère de mon mari, du même âge que la mienne, avait un corps resté mince, un visage lisse, des mains soignées. Elle savait déchiffrer n'importe quel morceau de piano et "recevoir" [...].
A l'égard de ce monde, ma mère a été partagée entre l'admiration que la bonne éducation, l'élégance et la culture lui inspiraient, la fierté de voir sa fille en faire partie et la peur d'être, sous les dehors d'une exquise politesse, méprisée.
Une femme est un ouvrage très bref, qui peut se lire en une heure environ. Cela vaut la peine de lire, juste après ou avant, La place, livre parallèle qui porte sur le père d'Annie Ernaux. Sans doute un peu moins fort (parce que, peut-être, le rapport l'était aussi moins) mais tout autant intéressant comme portrait d'un homme et d'un père, et comme réflexion sur l'ascension sociale de l'enfant qui installe une distance douloureuse avec les parents.

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Ernaux, Annie, Une femme, Gallimard, 1987 -- La place, Gallimard, 1983

21/02/2013

À propos d'Alif the Unseen

Il y a quelques jours, j'ai profité d'une pause dans mon travail et d'un début de grippe pour passer deux jours à lire, et je me suis jetée sur Alif the Unseen, que j'avais acheté en octobre dernier. C'est un roman relativement épais (427 pages) mais très facile à lire, dans le sens où il s'agit de ce genre de livre "riche en péripéties diverses et trépidantes que l'on a du mal à reposer car on veut absolument savoir la fin de l'histoire". Enfin, c'est le sentiment que j'ai eu.

Comme je ne boude pas mon plaisir de lecture, j'apprécie ce genre de bouquin qui donne un sursaut d'adrénaline, ce qui ne veut pas dire que je n'aime pas les histoires "où rien ne se passe", d'ailleurs. Enfin, j'ai un peu réfléchi à ce livre et j'avais envie d'en parler ici.

Ce que j'ai aimé : un mélange de genres surprenant et rafraîchissant qui mêle merveilleux déclaré (roman de fantasy plein de magie) + technologie (cyberthriller, réflexion sur l'identité et les mondes virtuels) + politique très contemporaine (révolutions arabes, hacktivisme, censure sur Internet) + sentiment religieux + un peu de théologie islamique + amour et aventures, avec course poursuite dans le désert + un côté borgésien et métafictionnel, avec livre dans le livre et infini des significations du Coran + de l'humour et plein, plein d'imagination.

Ce qui m'a un peu moins plu : finalement, le côté disons "techno" de l'histoire est un peu décevant, ne serait-ce que parce qu'il me paraît vaguement incompréhensible (évidemment, c'est certainement parce que je n'y connais rien). Un peu comme cette lectrice, je pourrais dire que l'idée du livre est plus séduisante que sa réalisation. Dans ce sens, je ne pense pas le relire un jour, une fois aura suffi, mais je vais en revanche conserver son auteure, G. Willow Wilson, dans mon radar littéraire, car elle a indéniablement un talent prometteur. J'ai un peu honte de l'avouer mais en fait, je l'ai découverte via son compte Twitter, ce qui donne la mesure de mon oisiveté, certains jours. Pour ceux qui s'intéressent à ce genre de choses, elle est aussi auteure de bandes dessinées et a publié un texte sur son expérience de la conversion que j'ai bien envie de lire.

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Comme, vous l'avez sans doute compris, Alif the Unseen se déroule dans un univers arabo-musulman, la magie y est principalement le fait de djinns et d'effrits, forcément. Ça m'a fait penser au superbe poème de notre adoré Victor national, que vous connaissez certainement (le poème, je veux dire -- il s'appelle Les Djinns).

Murs, ville,
Et port,
Asile
De mort,
Mer grise
Où brise
La brise,
Tout dort.

Dans la plaine
Naît un bruit.
C'est l'haleine
De la nuit.
Elle brame
Comme une âme
Qu'une flamme
Toujours suit !

[...]

Ça continue comme ça, en augmentant d'une syllabe à chaque nouvelle strophe jusqu'au décasyllabe, puis en réduisant pour revenir à deux (notez que Victor a zappé l'ennéasyllabe, qui a mauvaise réputation). Vous pouvez lire le poème en entier ici, par exemple.

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{Willow Wilson, G., Alif the Unseen, London, Corvus Books, 2012 -- pas de traduction française pour l'instant}

01/02/2013

La lectrice et la liseuse


Comme ceci est, ou devrait être à tout le moins, avant tout un journal de lecture, il me semble nécessaire de noter ici que j'ai assez récemment fait l'acquisition d'une petite liseuse électronique, dont je tairais pudiquement la marque. Pour moi le mot liseuse a longtemps désigné un petit gilet de nuit, de couleur pastel et orné de rubans, que l'on enfile frileusement par dessus sa longue chemise de toile quand les soirées sont un peu frisquettes et que l'on veut lire au lit (et que l'on a un peu froid, puisque le buste supérieur et les bras ne peuvent pas être recouverts par la couette ou la couverture). Donc maintenant je pourrais, si je voulais, lire au lit en liseuse et sur une liseuse, ce qui est quand même assez vertigineux, surtout si par exemple je coordonne les couleurs des deux liseuses. 

Je suis ravie de mon nouveau gadget. C'est particulièrement utile pour les longs voyages et les interminables trajets en avion, car cela permet d'éviter l'angoisse du manque de livres sous la main, dont je suis affligée, et qui m'obligeait à trimballer d'épais et encombrants volumes alourdissant mes valises. Il y a comme un nouveau plaisir à lire sur ce petit écran opaque et compact, et je viens d'y dévorer Congo. Une histoire de David Van Reybrouck, un livre vraiment magistral que j'ai immédiatement recommencé à lire une deuxième fois et qui m'a mis le Congo dans la tête.

Je vous laisse avec ma liste récapitulative 2012. Bientôt ici : des photos de vacances, quelle horreur. La frontière germano-polonaise, les plages d'Usedom en pleine nuit, la Poméranie et l'Uckermark sous la neige, le jardin de Marianne et Bruno à Uccle, le plus fantastique tea-cosy du monde, Maxime et Gaspard dans le train, paysages des Monts métallifères et gare d'Annaberg submergée de flocons (photo artistique).

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Lu

Murakami, Haruki, 1Q84, translated from the Japanese by Philip Gabriel and Jay Rubin, 2011 ++++ (mind-blowing)
Collins, Wilkie, The Moonstone, 1868 +++ (la classe)
Balzac, Honoré (de), Le cousin Pons, 1847 +++ (la grande classe)
Balzac, Honoré (de),  La cousine Bette, 1846-1847 +++ (idem)
Duperey, Anny, Le voile noir, 1992 (photographies de Lucien Legras) +++ (beau texte analytique sur le deuil, sensible et très bien écrit, photos splendides)
Balzac, Honoré (de), L'Envers de l'histoire contemporaine, 1848 + (vraiment pas mon préféré de Balzac, auteur qui semble bien fonctionner pour me remettre sur les rails de la lecture -- c'est le côté hyper-romanesque, peut-être)
Hansford Johnson, Pamela, The Unspeakable Skipton, 1954 +++ (prêt de Paul, dont c'est un des livres préférés)
Tanith, Mij, Stories from a Garden, 2012 ++ (acheté à l'auteur)
Pagnol, Marcel, Le temps des amours, 1977 ++ (relecture)
Pagnol, Marcel, La gloire de mon père, 1957 +++ (relecture)
Pagnol, Marcel, Le château de ma mère, 1957 +++ (relecture)
Pagnol, Marcel, Le temps des secrets, 1959 +++ (relecture)
C'était drôlement chouette de relire les Souvenirs d'enfance à l'âge adulte, et j'ai même pleuré à la fin du Château (!) -- j'adore le "réduit d'infamie" d'Isabelle Cassignol, la fille de Loïs de Montmajour, l'humour de Pagnol, le côté gracieux, mélancolique, léger et profond à la fois.
Mak, Geert, De brug -- The Bridge - A Journey Between Orient and Occident, translated from the Dutch by Sam Garrett, 2007 (2008 pour la traduction) ++ (achat) (chouette livre sur le pont de Galata à Istanbul)
Robinson, Marylinne, Gilead, 2005 ++ (très beau)
Iordanidou, Maria, Vacances dans le Caucase - Διακοπες στον Καυκασο, roman traduit du grec par Blanche Molfessis, 1988 (1997 pour la traduction) +/- (achat, déception après le génial Loxandra)
Thiele, Colin, Storm Boy, 1964 ++ (prêté par Sara) classique australien pour enfants, adapté en film que j'aimerais bien voir
Kaibeck, Julien, Adoptez la slow cosmétique, 2012 (pas de moqueries svp)
Maspero, François, Les passagers du Roissy-Express, photographies d'Anaïk Frantz, 1990 ++ (relecture, emprunt à la bib)
Conrad, Joseph, Heart of Darkness, 1899 ++ (liseuse)
Lowry, Lois, The Giver, 1993 ++ (chouette fiction dystopique pour adolescents lue sur liseuse)
Lowry, Lois, Messenger,  2004 ++ (liseuse)
Lanzmann, Claude, Le lièvre de Patagonie, 2009 ++ (emprunt à ma mère)
Singer, Isaac Bashevis, Un jour de plaisir, traduit de l'anglais par Marie-Pierre Bay, 1979 - A Day of Pleasure, 1969 +++ (relecture d'un livre que j'adorais enfant -- pas déçue du tout, à la hauteur de mes souvenirs)
Haenel, Yannick, Jan Karski, 2009 ++ 

Vu sur petit ou grand écran

Black Swan, Darren Aronofsky, 2010 -- déçue par ce film qui pourtant avait tout pour me plaire 
Die Frau mit den 5 Elefanten, Vadim Jendreyko, 2009 (revu) -- un de mes films préférés de tous les temps
Miranda (série), Miranda Hart et Juliet May, 2009
Todo sobre mi madre, Pedro Almodóvar, 1999 (revu)
Le Messie, William Klein, 1999 (revu)
Laberinto de Pasiones, Pedro Almodóvar, 1982 (revu)
La mala educación, Pedro Almodóvar, 2004 (revu)
Peau d'âne, Jacques Demy, 1970 (revu)
Les demoiselles de Rochefort, Jacques Demy, 1967 (revu)
Une chambre en ville, Jacques Demy, 1982
Bach et bottine, André Melançon, 1986
Lola, Jacques Demy, 1960
Les demoiselles ont eu 25 ans, Agnès Varda, 1993
Les parapluies de Cherbourg, Jacques Demy, 1964 (revu)
Model Shop, Jacques Demy, 1969
La baie des anges, Jacques Demy, 1963
Lady Oscar, Jacques Demy, 1979
Habemus Papam, Nanni Moretti, 2011
Kung Fu Hustle/Gong fu, Stephen Chow, 2004
Duck Soup, Leo MacCarey, 1933
The Iron Lady, Phyllida Lloyd, 2011
El Gusto, Safinez Bousbia, 2011
Tanzträume, Rainer Hoffmann et Anne Linsel, 2010 (revu)
Camille redouble, Noémie Lvovsky, 2012

01/05/2012

[Si Dieu est avec nous, qui peut être contre nous ?]

Il y a longtemps, j'ai habité à Paris. J'aimais bien acheter des gâteaux à la pâtisserie Aurore Capucine, endroit au charme suranné situé près du métro Cadet. Dans ce quartier éminemment intéressant se trouve aussi une épicerie arménienne vraiment très sympathique où, un jour, un vendeur m'a offert un œil de verre contre le mauvais œil. Je ne suis pas superstitieuse mais j'ai trouvé ça vraiment gentil.

C'est vrai qu'à Paris il y a plein de jolis magasins. C'est une ville un peu antipathique, faite pour dépenser son argent et aller au cinéma. Vous pourriez par exemple entrer dans une charmante boutique sise au 56 de la rue Daguerre, où je me suis ruinée il y a quelques années -- je vous laisse prendre l'initiative et me dédouane lâchement d'avance au cas où ce ne serait plus bien, c'était en 2006-2008 et l'eau a coulé sous les ponts, depuis.

J'essaie de vous tenir au courant de mes lectures puisque c'est la raison d'être de ce blog, après tout. Mais je dois soudain interrompre le flux de mes élucubrations à cause de cette merveilleuse expression, "raison d'être". Elle me fait penser à cet enfant (nommé Oskar Schell) qui aime les Beatles because entomology is one of [his] raisons d'être. C'était une spéciale dédicace aux fans de JSF, dont je ne suis pas.

Imaginez-vous qu'en 2003, j'ai lu un livre d'Emmanuel Todd et un autre d'Elisabeth Badinter. C'est fou, je sais. Heureusement que j'ai fait des progrès depuis : j'ai découvert Murakami Haruki, par exemple. Son dernier roman, 1Q84, m'a énormément plu. J'étais prête à tuer pour qu'on me laisse tranquillement le lire et j'ai eu des crampes d'estomac pendant toute la séance de massage du gourou, qui s'étend sur plusieurs chapitres. C'était follement fantastique et absolument essentiel, d'ailleurs j'ai déjà envie de le relire.

J'ai aussi commencé Le jardin des Finzi-Contini, qui me donne envie de visiter les nécropoles étrusques qui se trouvent près de Rome et de boire de la Skiwasser (quantités égales de jus de framboises et d'eau, plus grains de raisin et tranches de citron -- peut se boire chaude ou froide, selon la saison -- il s'agit d'une boisson délicieuse et élégante, authentiquement austro-hongroise).

Au chapitre 16 de la première partie de 1Q84, Tengo, un des deux héros du roman, retrouve dans un café de Shinjuku une jeune femme (à la poitrine remarquablement bien formée) qu'il doit préparer à passer une conférence de presse. Elle lui chante, en allemand, un petit extrait de la Passion selon saint Matthieu de Bach. Le texte est reproduit dans le roman (ce qui surprend le lecteur, tout comme Tengo est médusé par la performance de la jeune femme à la belle poitrine). La Passion selon saint Matthieu est un oratorio, c'est-à-dire une œuvre lyrique narrative. Je me rends compte que cela va me donner l'air d'une cuistre pédante (ce qui est assez pléonastique), mais tant pis : en fait, j'adore depuis longtemps les oratorios, en particulier l'Oratorio de Noël de Bach. Depuis quelques semaines, je passe une portion considérable de mon temps à écouter (et regarder) un autre oratorio, le Messie de Haendel, dans une version mise en images par William Klein et dirigée par Marc Minkowski. C'est un vrai film expérimental, qui a été diffusé dans le circuit des salles d'art et d'essai parisiennes il y a une dizaine d'années (je l'avais même vu, parce que j'habitais Paris à ce moment-là -- back to square one). Il est actuellement disponible en entier sur un célèbre site de partage vidéo, ce qui me permet d'avoir ma dose quotidienne de Magdalena Kozena (12 minutes 50), chœur de prisonniers du Texas (25 minutes 25), Charlotte Hellekant (51 minutes), Marc Minkowski en train de diriger (56 minutes -- avec en bonus le chanteur qui ressemble à Antonio Vivaldi et qui pourrait jouer, selon Charles, dans des period films), John Mark Ainsley (1 heure 19 minutes -- FRACASSER EN MIETTES). Et des images de Las Vegas (BEHOLD YOUR GOD), de jeux vidéo, la foule à Barbès, à Moscou et ailleurs, des scènes de ferveur angoissantes ou comiques, des manifestations, des gens qui brûlent le drapeau américain, un repas au CASH de Nanterre... (Vous pouvez lire un vieil article du NYT ici.) Pour moi, c'est une expérience visuelle et musicale vraiment unique et obsédante.

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{Murakami, Haruki, 1Q84, Book 1 and 2 translated by Jay Rubin, Book 3 by Philip Gabriel, 2011 -- Shinchosha, 2009-2010}
{Bassani, Giorgio, Il Giardino dei Finzi-Contini, 1962}
{Klein, William, Le Messie, 1999}

27/03/2012

Retour en douce, plus une (longue) liste

Je voulais écrire un billet sur la comtesse de Ségur (née Rostopchine) et le lien entre cette célèbre auteure de littérature jeunesse et Guerre et Paix ; cela aurait été le point de départ d'une réflexion ambitieuse sur la façon dont on choisit ses lectures et sur les connexions, parfois étonnantes, qui s'établissent d'un livre à l'autre. Je n'y suis pas arrivée (et je n'ai même pas complètement fini de lire Guerre et Paix).

J'avais aussi envie de parler de cette sensation excitante que j'éprouvais, enfant, au début des vacances, grandes ou petites. L'idée de fêter Noël me ravissait. Cela me paraît incroyable aujourd'hui, où ce genre de fête prend quasiment l'aspect d'une corvée. Malgré tout, j'ai fait du pudding de Noël cette année, en suivant une recette adorée par les Australiens, beaucoup moins lourde que la façon de faire traditionnelle (pas très adaptée à un Noël estival, si j'ai bien compris -- en français contemporain on dirait que c'est "pouf-pouf", mais je ne suis pas sûre d'approuver).

J'adorais prendre le train de nuit Paris-Milan, c'était une aventure tellement excitante. Il y avait les couchettes à installer, les gens qui mangeaient des sandwiches au pâté, le balancement ferroviaire et, surtout, le paysage à regarder, le nez collé à la vitre. Les gares traversées, les villes où le train, parfois, s'arrête. Et cette idée mélancolique : comment serait ma vie si je vivais ici, dans cette petite ville provinciale, Dijon, Chambéry, Domodossola, Brig, Vérone ou Padoue ? J'avais une sorte de nostalgie de quelque chose que je n'avais pas vécu (j'étais déjà mal barrée, dans la vie).

Tant pis si j'ai l'air d'une vieille grincheuse (d'autant plus que j'en suis une, pour le coup) mais vraiment, pour moi, l'avion tue le plaisir du trajet, et donc un peu aussi du voyage. L'avion comme moyen de transport de masse fait partie de ces choses qui désenchantent le monde, et les aéroports manquent cruellement de charme. Bien sûr, il y a des choses tellement plus importantes, je n'en ferais pas un drame et, malgré tout, j'aimerais retourner un jour à Saint-Pétersbourg, la ville la plus belle que j'aie jamais visitée, et aussi aller à Odessa.

Heureusement, j'ai quand même lu quelques bons livres l'année dernière.
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Lu (dans l'ordre chronologique)

Wodehouse, PG, The Inimitable Jeeves, 1924 (prêté par Fraser) -
Drakulić, Slavenka, As If I Am Not There - A novel about the Balkans, translated by Marko Ivić, 1999 (prêté par Lisa) -
Alexakis, Vassilis, La langue maternelle, 1995 (relecture) ++
Iordanidou, Maria, Loxandra, roman traduit du grec par Blanche Molfessis, 1994 -- Λωξάντρα, 1963 (cadeau de Iérassimos d'il y a presque 10 ans) ++
Le Callet, Blandine, Une pièce montée, 2006 (don maternel pour lire dans le train) -
Díaz, Junot, The Brief Wondrous Life of Oscar Wao, 2008 (relecture, achat) ++
Alexakis, Vassilis, Paris-Athènes, 1989 (achat) +
Ben Jelloun, Tahar, Le dernier ami, 2004 (achat) +
Alexakis, Vassilis, Ap. J.-C., 2007 (achat) ++
Binet, Laurent, HHhH, 2009 (achat) ++
Murakami, Haruki, What I Talk About When I Talk About Running, translated from the Japanese by Philip Gabriel, 2008 -- Hashiru koto ni tsuite kataru toki ni boku no kataru koto, 2007 -- Autoportrait de l'auteur en coureur de fond, traduit du japonais par Hélène Morita, 2009 (cadeau de Frauke pour mes 34 ans) -/+
Klüger, Ruth, Refus de témoigner, traduit de l'allemand par Jeanne Etoré, 1997 - weiter leben, 1992 (relecture, achat) ++
Smith, Dodie, I Capture the Castle, 1949 (relecture, cadeau de Lucie -- (me plaît toujours, mais pas autant que lors de ma première lecture -- le charme n'est pas aussi puissant la seconde fois) +
Hong Kingston, Maxine, The Woman Warrior -- Memoirs of a Girlhood Among Ghosts, 1976 (mooch) +
Pym, Barbara, Less Than Angels, 1955 (mooch) +
Kuznetsov, Anatoli, Babi Yar, translated by David Floyd, 1970 (1966 pour l'édition censurée dans la revue Yunost) (achat Amazon used books) ++
Paolini, Christopher, Eragon, 2003 (cadeau de Maxime) -
Flannery, Tim, Throwim way leg, 1998 (prêté par John Crawford) ++
La Plante, Lynda, Above Suspicion, 2004 (speed-readé vers la fin, prêté par Sara) -/+
Adichie, Chimamanda Ngozi, Purple Hibiscus, 2004 (prêté par Sara, à qui je l'ai offert) ++
Lindsay, Norman, The Magic Pudding, 1918 (prêté par John) ++
Lowry, Lois, The Willoughbys, 2008 (Grote Street Library) ++
Diski, Jenny, The Sixties, 2009 (cadeau de ma sœur) ++
Coetzee, J.M., Age of Iron, 1990 (achat à la librairie de la (très chouette) National Library, Canberra) +++
Adiga, Aravind, The White Tiger, 2008 (Grote Street Library) +
Alexievich, Svetlana, Voices from Chernobyl -- The Oral History of A Nuclear Disaster, translation and preface by Keith Gessen, 1997 (achat librairie) +++

Vu sur petit écran

The Squid and the Whale, Noah Baumbach, 2005, USA (++)
Katyń, Andrzej Wajda, 2007, Pologne (++)
Ben X, Nic Balthazar, 2007, Belgique (++)
Todo sobre mi madre, Pedro Almodovar, 1999, Espagne (++) (déjà vu à la sortie)
Summer Heights High, Chris Lilley, 2007, Australie (++) (série)
Midnight in Paris, Woody Allen, 2011, USA (+)

Vu sur grand écran

Tanzträume, Anne Linsel et Rainer Hoffmann, 2010, Allemagne (++)
Die Frau mit den 5 Elefanten, Vadim Jendreyko, 2009, Suisse-Allemagne (+++)
You Will Meet a Tall Dark Stranger, Woody Allen, 2010, USA-Espagne (++)
La Princesse de Montpensier, Bertrand Tavernier, 2010, France (+)
The Ghost Writer, Roman Polanski, 2010, France-Allemagne-RU (++)
The Social Network, David Fincher, 2010, USA (++)
Other, Tracey Moffat, vidéo (++)
Bridesmaids, Paul Feig, 2011, USA (-)
Harry Potter and the Deathly Hallows Part 2, David Yates, USA (-)

Expositions

Goldin, Nan, Scopophilia, Musée du Louvre, Paris, 2010 (diaporama)
Saatchi Gallery in Adelaide: British Art Now, Art Gallery of South Australia, 2011 (bof bof)
Handwritten -- ten centuries of manuscripts from Staatsbibliothek zu Berlin, National Library of Australia, Canberra, 2011

Concerts

Joan as Police Woman, Botanique, Bruxelles, 2011
Quelques autres, essentiellement du classique au Elder Hall.