Monday, October 10, 2011

Hier kommt die Sonne

Ce que j'ai chaud ! C'est qu'il est midi.
Je ne sais plus bien ce que je dis.

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Ici, les gens se tartinent de crème dès le début du printemps, qui d'ailleurs ressemble à l'été (pas belge). "The driest state in the driest country", m'a-t-on répété à l'envi. J'appréhende déjà les journées à 40° et plus dans notre appartement orienté plein ouest et très lumineux, mes principes rigides m'interdisant d'allumer la climatisation (qui de toute façon n'est pas très efficace). Il ne restera plus qu'à se calfeutrer ou aller à la plage.

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Savez-vous que Richard Coles, un des deux membres du duo pop Communards, est aujourd'hui pasteur de village ? Il a l'air absolument charmant et possède un délicieux sens de l'humour. Exemple : "I'd always loved everything about religion except the content. I loved the liturgy, I loved the music, I just thought the content was pernicious nonsense." Ah ah (lisez l'article ici, vous passerez un excellent moment). Quant à moi, je commence à devenir vraiment obsédée par les pasteurs protestants, celui-ci me plaît aussi beaucoup, d'ailleurs j'ai envie de lire son livre (qui s'appelle Croire en un dieu qui n'existe pas, sous-titre Manifeste d'un pasteur athée -- j'adore). Les pasteurs que je fréquente sont tous fort aimables mais malheureusement assez traditionalistes, avec des variations saisonnières (le pasteur F., par exemple, adore la pop des années 1980 et les Simpsons -- il est très bel homme, diablement sympathique et,  pour des raisons théologiques aussi compliquées que mystérieuses, farouchement opposé à l'ordination des femmes, et sans doute à plein d'autres trucs. J'évite de parler politique avec lui (en fait, je parle assez rarement de politique parce que c'est rarement productif). Dans tous les cas, j'ai décidé de voter pour Eva Joly à l'élection présidentielle -- je le dis sans honte ni crainte, d'autant plus que, pour la premère fois de ma vie, je suis assez contente de voter pour quelqu'un. A ce propos (mais en fait, plutôt hors de propos) le pasteur F., que tout le monde adore  (y compris moi) et qui a adoré Lætitia, une très chouette fille un peu grunge qui déteste les enfants et a joué de la basse pour une des compositions dudit pasteur, semble fermement opposé à l'écologie politique et aux thérapies alternatives (je n'ai pas très bien compris pourquoi, mais je crois qu'il y a une raison théologique -- un truc du genre put your faith in the right thing) -- heureusement que je ne suis ni homéopathe, ni New Age.

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Ite, missa est

Je lis toujours Guerre et Paix (en fait je suis empêtrée dans la bataille de Borodino, un moment un peu difficile) et j'essaie aussi de comprendre la crise de l'eurozone, la dette grecque, etc. Par exemple, je lis le blog Coulisses de Bruxelles, des papiers signés par des économistes ou des articles du Soir sur la scission de BHV.  Le plus souvent, ça me désespère. On a l'impression que quelque chose de terrible va se passer, mais on ne sait pas bien quoi. A l'église où je vais tous les dimanches, on prie pour que les dirigeants prennent de bonnes décisions. Hum. La dernière fois, après l'office, nous sommes allés au déjeuner paroissial annuel, où une vieille dame très distinguée s'écria "Oh but it's home things" face à une manifestation d'affection parfaitement digne qu'elle jugea  néanmoins déplacée. J'en fus très mortifiée et en conçus des pensées meurtrières à l'égard de cette péronnelle.

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PS (un peu daté, plus personne ne semblant plus parler de ces choses mystérieuses qui faisaient la une des journaux il n'y a pas longtemps du tout) : un autre article amusant (à propos de l'affaire Karachi). Ces jeunes gens, représentants de l'élite de la République ou aristocrates de sang princier, ont un vocabulaire digne d'un camionneur autiste. Quelle platitude ! Quelle pauvreté d'expression ! Quel langage !

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Sinon, sur le front de la lecture : Jeffrey Eugenides vient de publier un nouveau roman, ça s'appelle The Marriage Plot et vous pouvez lire une critique ici. J'avais bien aimé The Virgin Suicides et Middlesex, alors je suis assez curieuse de lire ce nouvel opus. J'attends aussi de pouvoir m'acheter le nouveau Murakami, j'ai commandé à la librairie ce livre qui a l'air génial et j'ai un bouquin de the amazing and beautiful Chimamanda Ngozi Adichie sur ma table de nuit.
Sur la photo (de CK, moi je ne fais plus de photos depuis un an, pour des raisons matérielles), c'est Auntie Eva dans son jardin, où j'ai cueilli aujourd'hui 1 kg de kumquats. Personne ne pourra dire que je ne parle pas de ma vie quotidienne ici.

Wednesday, September 07, 2011

Journal de lecture de Guerre et Paix : la famille Rostov et les affreux Berg

Dans Guerre et Paix, il y a plein, plein de personnages. Des réels comme Napoléon, le tsar Alexandre Ier, le général en chef Koutouzov ou l'homme politique Mikhaïl Speranski ; (on apprend  ainsi quelques petites choses sur les guerres napoléoniennes et la Russie tsariste  -- ça tombe bien pour moi car j'ignore tout de  cette période. Enfin, j'ai une vision très utilitariste de la littérature et j'adore apprendre en lisant, voyez-vous, ce qui est un peu ringard, j'en conviens).


Evidemment, il y a aussi des personnages fictifs, qui sont bien plus importants et curieusement plus réels que les personnages vraiment réels -- tant mieux vu le temps qu'on passe avec eux.


Prenez Natacha Rostova, par exemple : une adolescente incroyablement vivante, très intéressée par le flirt, la danse et les garçons, adorant chanter, insolente, pleine d'entrain, courant partout et qui vous fera certainement penser à certaines jeunes filles de votre connaissance. Dans la version cinématographique de Sergei Bondartchouk elle est incarnée par Lyudmila Savelyeva, qui au vu de ces images me semble assez parfaite. (Maintenant j'ai très envie de voir ce film, c'est dommage car le coffret coûte un bras.)[Note  supplémentaire sur Natacha : en fait, elle me fait aussi penser à la bondissante jeune fille de cette immortelle chanson, qui m'inspire deux autres choses : 1. Lio est vraiment trop mignonne mais alors, qu'est-ce qu'elle danse mal ; 2. Les paroles sont carrément osées ; peut-être qu'aujourd'hui on interdirait cette chanson pour incitation à la pédophilie. Qu'en pensez-vous ?]


Les Rostov (la famille de Natacha) sont une famille nombreuse, pleine de vie, de fantaisie et d'amour intergénérationnel. Ils s'opposent aux Bolkonski, de meilleure noblesse, plus fortunés mais terriblement dysfonctionnels, dépressifs et, surtout, bourrés de complexes.


Le papa de Natacha, le comte Rostov, adore recevoir et organiser des dîners chics pour ses amis. Il aime ses enfants et dépense pour eux sans compter, à vrai dire c'est un véritable panier percé qui gère très mal son argent (qu'il n'a pas vraiment gagné à la sueur de son front puisqu'il possède des terres sur lesquelles travaillent des serfs et se fait rouler dans la farine par son intendant (l'abolition du servage en Russie n'eut lieu qu'en 1861) -- c'est donc un homme socialement irresponsable). Mais bon, le comte Rostov n'est pas quelqu'un de très réfléchi, vous l'aviez compris je pense.

À part ça, Natacha a une sœur aînée, Vera, mariée à un certain Berg. Les époux Berg sont, comment dire, parfaitement stupides, ennuyeux et conformistes.


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The Bergs, having prepared everything necessary for the soirée, were ready to receive their guests.

In the new, clean, bright study, decorated with little busts, and little pictures, and new furniture, sat Berg and hiw wife. Berg, in a brand-new, buttoned-up uniform, sat beside his wife, explaining to her that one can and must have acquaintances among people above oneself, because only then can one find pleasure in one's acquaintances.
"You can imitate something, you can ask for something. Just look how I've fared since the lower ranks." (Berg reckoned up his life not in years but in imperial rewards.) "My comrades are still nobodies now, but I already occupy the post of a regimental commander, and I have the happiness of being your husband" (he got up and kissed Vera's hand, but on his way straightened the turned-back corner of the carpet). "And how have I acquired it all? Mainly by knowing how to choose my acquaintances. It goes without saying that one must be virtuous and precise."
Berg smiled with a consciousness of his superiority over a weak woman and fell silent, thinking that all the same this sweet wife of his was a weak woman, who could not comprehend all that made up the dignity of a man—ein Mann zu sein. At the same time, Vera also smiled with a consciousness of her superiority over her virtuous, good husband, who all the same understood life wrongly, as, in Vera's view, all men did. Berg, judging by his wife, considered all women weak and stupid. Vera, judging by her husband alone and extending the observation to everyone, supposed that all men ascribed reason only to themselves, and at the same time understood nothing, were proud and egoistic.
Berg got up and, embracing his wife carefully, so as not to rumple her lace pelerine, for which he had paid dearly, kissed her in the middle of the lips.
"Only we shouldn't have children too soon," he said, following an unconscious association of ideas.
"Yes," replied Vera, "I don't want that at all. One must live for society."
"That's exactly the same as Princess Yupusov wore," said Berg with a happy and kindly smile, pointing to the pelerine.
Just then the arrival of Count Bezukhov was announced. The two spouses exchanged self-satisfied smiles, each claiming silently the honour of this visit.
"That's what it means to know how to make acquaintances," thought Berg, "that's what it means to know how to behave!"
"Only, please, when I'm entertaining the guests," said Vera, "don't interrupt me, because I know how to entertain each of them and what to say in all kinds of company."
Berg also smiled.
"Impossible: sometimes men must have a male conversation," he said.

(chapitre XX de la troisième partie du deuxième volume, p. 468-469 de la traduction Pevear-Volokhonsky)

[J'adore particulièrement ein Mann zu sein (Berg est d'origine balte, donc plus ou moins germanophone) et One must live for society, d'ailleurs, la prochaine fois qu'on me demande si je veux des enfants, ce sera ma réponse.]

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photo de CK

Saturday, August 27, 2011

Mist U iemand die al weg is?

Je suis arrivée à la page 441 de Guerre et Paix -- assez loin pour ne plus pouvoir m'arrêter en chemin. Et alors, me direz-vous, c'est comment ? Plutôt classe, assez facile à lire dans l'ensemble -- comme toujours dans les romans russes, je me perds un peu dans l'onomastique (fichus patronymes), mais j'ai une édition très smart pourvue d'un index des personnages auquel je me réfère au moindre doute, par exemple quand je me dis "zut, c'est qui déjà Dmitri Ilarionovitch ?" [nom inventé dont je ne garantis pas la russitude].

Au passage, la smartitude de ladite édition ne connaît pas de limites puisqu'elle offre aussi à ses lecteurs épatés un résumé hyperconcis des chapitres, sur lequel j'ai un peu trop louché (triple zut, Lise Bolkonsky va mourir en couches et Pierre se réconcilier avec son antipathique épouse, me suis-je alors dit).

Si j'étais aussi smart que mon édition, je vous expliquerais avec moult arguments à l'appui quel est l'intérêt de lire les classiques aujourd'hui. Remerciez mon manque de *** qui vous épargne un assommant sermon. Enfin, ça fait du bien de lire des choses un peu consistantes, je m'étais un peu perdue dans les romans contemporains nord-américains ces dernières années. [Note : il y a de bons auteurs contemporains nord-américains, c'est juste que la monotonie culturelle m'ennuie.]

Donc, au programme des prochains mois, si possible :

  • L'Homme sans qualités
  • Le Genji Monogatari
  • Svetlana Alexievich 
  • Le dernier Murakami
  • Saramago
  • Ernesto de Martino
  • un essai dont l'auteur est un pasteur athée néerlandais (terriblement excitant, je l'avoue)
  • Harmonia Caelestis
Que dire d'autre ? (Je suis d'humeur bavarde aujourd'hui...) Ah oui, j'ai toujours bien aimé cette histoire du fleuve dans lequel on ne se baigne jamais deux fois. C'est très perturbant quand on y réfléchit.

Autre chose qui me perturbe : c'est tout de même embêtant de dire "américain" pour "des USA". Il y a des gens qui s'en sortent avec "états-unien", mais je trouve que ça fait trop lecteur du Monde diplomatique (avec tout le respect dû a cette auguste journal) : je ne me sens  pas assez de gauche pour parler comme ça (et pourtant, je m'intéresse à la Fraction armée rouge). "Nord-américain" limite les dégâts mais reste insatisfaisant. Que faire ? [Un couscous, mais je n'ai toujours pas la recette. Peut-être aller se coucher, alors.]

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(Photo de CK)

Saturday, August 20, 2011

Humeurs du jour (Emmy, Sofia, Ghalia, Martine, Svetlana)

Les accès de sensiblerie m'agacent. Je supporte assez mal que l'on se mette à pleurer pour des raisons sentimentales. Pourtant, en regardant ce reportage sur la Coupe du monde de football des sans-abris, j'ai pleuré. C'est ridicule et j'ai un peu honte de le dire.

J'ai aussi (discrètement) pleuré au mariage de Christian et Georgia, parce que quelqu'un, avant la cérémonie, avait passé cette chanson. C'est encore plus ridicule et incompréhensible.

J'ai pleuré, à chaudes larmes et sans aucune retenue, quand j'ai vu ce film et aussi pour Les 400 coups (mais j'avais 13 ans).

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Je voudrais lire une biographie d'Emmy Noether ou de Sofia Kovalevskaïa, qui prouvent que les femmes ne sont pas génétiquement vouées à confectionner des tartes aux pommes.

J'ai bien aimé cet article qui m'a donné envie, pour la première fois de ma vie, de regarder une émission culinaire. Ici, mes neveux et nièces sont fans de MasterChef, ça me déprime à fond.

J'ai aussi bien aimé ce portrait lu sur le chouette blog Urbains sensibles (mais je n'ai pas pleuré).

Sans réel rapport avec le portrait mentionné juste au-dessus : si je comprends assez mal les gens religieux (qui ramènent tout à Dieu), je trouve les antireligieux virulents qui crachent a priori sur toute forme de religion assez fatigants, eux aussi.

J'ai très envie de lire des livres de Svetlana Alexievitch. Tout à l'air trop bien. Mais quelle misère, le fantastique tarif livres de la poste française a disparu.

Chouette, un nouveau film de Pedro Almodóvar ! (Vive les valeurs sûres.) Puis je suis curieuse de voir le dernier de Lars von Trier, après avoir été intensément rebutée par ses précédents. Ainsi que  Midnight in Paris, que j'imagine un peu aigre-doux.

Saturday, July 30, 2011

If the world could write by itself, it would write like Tolstoy

En ce moment je lis Guerre et Paix, dans la traduction de Richard Pevear et Larissa Volokhonsky -- j'en suis seulement à la page 80, alors souhaitez-moi bon voyage.

La phrase que j'ai choisie en titre de ce billet est d'Isaac Babel, je la trouve très belle. Je l'ai découverte dans la préface de Richard Pevear, à laquelle elle est mise en exergue. Cette préface est très intéressante et donne carrément envie de lire le texte qui la suit (comme ce n'est pas toujours le cas, ça vaut la peine de le dire).
Pour l'instant, Guerre et Paix me plaît beaucoup. Ce passage m'a ravie, par exemple.

The German tutor tried to memorize all the kinds of dishes, desserts, and wines, in order to describe everything in detail in his letter to his family in Germany, and was quite offended that the butler with the napkin-wrapped bottle bypassed him. The German frowned, trying to show by his look that he did not even wish to have this wine, but was offended because no one wanted to understand that the wine was necessary for him, not in order to quench his thirst, nor out of greed, but out of a conscientious love of knowledge. (chapitre XV de la première partie)

J'avais aussi envie de signaler, pour ceux qui s'intéressent à ce genre de choses, le très beau documentaire de Vadim Jendreyko sur la traductrice Svetlana Geier, La femme aux 5 éléphants. Un des meilleurs films de tous les temps (ahem), avec Soy Cuba bien sûr (vous pouvez ajouter à la liste le Peau d'Âne de Jacques Demy, auquel je voue une passion coupable et incomprise de tous).

[Edit pour ceux qui aimeraient voir ce film : c'est possible au cinéma en France, consultez ce site pour faire une recherche de salle ; il y a aussi un DVD (code 0) que l'on peut acheter ici, il coûte 29,50 francs suisses (sans les frais de port), est sous-titré en français, anglais, allemand, portugais, italien, espagnol, russe et polonais (c'est énorme). Enfin, le distributeur français, Nour Films, annonce une édition pour le mois de septembre, avec des tas de bonus.]

Et aussi : John E. Woods explique dans cet article qu'il a pleuré en traduisant la fin de Joseph et ses frères de Thomas Mann, selon lui "the most beautiful thing Mann ever did". Ça donne très envie, d'autant  que La montagne magique est déjà un des plus beaux romans qui soient. (via Love German Books)

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Sur ce, je me retire dans ma tour où, drapée dans une couverture violette de Parme, je lirai Tolstoï en buvant du Lapsang Souchong.

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{Tolstoy, Leo, War and Peace, translated, annotated and introduced by Richard Pevear and Larissa Volokhonsky, 2007 -- Voyná i mir, 1869}