23/11/2013

Nicotine High



As ever, I am an occasional, infrequent smoker, shamefully relying on the kindness of real smokers who put up with the price of tobacco and the scary images on the packets.

Oxygen deprivation gives me a short, subtle high. The reward of my (more or less) weekly fag crashing.

Otherwise, sock-knitting does a good job.

"Après ceux qui s'affolent, holà,
Voilà ceux qui s'affalent."

So true.

15/11/2013

Jacaranda Explosion


I love this moment when the streets become pale purple, the sun starts to hit, and my skin turns brown. In between, I read the life stories of Somali immigrants in Northern Europe, and this brilliant article about Juliano Mer-Khamis (please read it; it is long but absolutely worth every minute you'll spend on it). It gives me a sudden, imperious flash of inspiration: I want to get high on top-quality weed, and lose all my identities in the process. 

I discuss the idea with my husband. His reaction, while not exactly disapproving, is all about the sharpness of the mind.

I end up buying fresh milk to make paneer tikka masala. The sadness of life.


19/10/2013

David Gilmour contre V.S. Naipaul

David Gilmour est un écrivain canadien dont une interview récente pour le magazine en ligne Hazlitt a déclenché des vagues de protestation indignée. Je n'avais jamais entendu parler de lui et j'avoue n'avoir pas plus envie que ça de le lire, même si je partage son amour d'À la recherche du temps perdu. Au-delà de son absence d'intérêt pour les femmes écrivains en général (mis à part Virginia Woolf), ou les écrivains canadiens en général (mis à part lui-même), je suis surtout gênée par son manque de modestie et son ton péremptoire et peu nuancé. C'est amusant de penser que l'académie Nobel vient, à sa façon, de lui envoyer un soufflet en couronnant cette année une Canadienne.

La liste des quarante et un livres qu'il devrait lire, publiée ici, a été compilée par Roxane Gay, qui l'envisage comme une sorte de réponse aux déclarations fracassantes du romancier sexagénaire. Pourquoi ne pas la prendre comme programme de lecture pour l'année prochaine, par exemple ? Cela ferait un beau défi de lecture sous contrainte.

Puisqu'on en est aux déclarations fracassantes, parlons un peu d'un champion hors catégorie dans cette discipline : Sir "Vidia" Naipaul, auteur anglo-trinidadien d'origine indienne et prix Nobel de littérature 2001, célèbre pour son talent littéraire, son arrogance et son cynisme. Lui aussi trouve qu'aucune femme écrivain ne lui arrive à la cheville (décidément), et bat à plate couture David Gilmour dans le domaine de la provocation retentissante, comme on peut s'en rendre compte en faisant quelques recherches sur lui, à l'instar de la cinéaste sud-africaine Gillian Schutte, qui reçut le grand homme chez elle pour un dîner improvisé et tira de cette mémorable soirée un très chouette compte rendu, que je vous conseille vraiment de lire.
I click on a few Google articles about Naipaul. Golly gee. He appears to have been accused of dimensions of vitriol such as I have never heard before. He has been charged with everything from wife-beating, a predilection for anal sex to disproportionate nastiness. His writing has been lauded as anti-black and he has been known to refer to Africans as wogs.
Bref, si j'appartenais à la mouvance de la droite dure, je dirais qu'il aime à pourfendre la bien-pensance politiquement correcte et le prêt-à-penser des affreux bobos droit-de-l'hommistes, enfin, vous voyez le genre. N'empêche que, depuis longtemps maintenant, j'avais envie de lire In a Free State, roman de Naipaul publié en 1971 et qui obtint, cette année-là, le Booker Prize.

J'ai même fini par en acheter une copie. In a Free State est un livre à la forme hybride, mal définie, puisqu'on pourrait aussi bien le décrire comme un recueil de nouvelles de longueurs variables, dont la plus longue, intitulée In a Free State, atteint la dimension d'un court roman, que comme un roman fragmentaire et désarticulé, dont les chapitres, hormis le premier et le dernier, mettent en scène des personnages différents dans des lieux différents, qui n'ont a priori rien à voir entre eux.

Je lis donc la première nouvelle (ou le récit cadre) d'In a Free State, The Tramp at Piraeus. Je trouve que c'est magnifiquement bien écrit (mais ça, tout le monde, détracteurs et admirateurs, est d'accord pour dire que Sir Vidia écrit trop bien), très fin, très bien raconté, avec, en effet, quelque chose d'un peu méchant dans la façon de considérer les personnages, de parler d'eux. Un manque d'empathie, peut-être ? Mais j'ai envie de continuer parce que c'est vraiment intéressant (dans le genre "j'ai du mal à reposer le livre"). Je passe à la deuxième nouvelle, One among too Many ; là, je suis épatée. Remuée par la voix de Santosh, ce cuisinier, ce domestique comme il se décrit lui-même, qui quitte l'Inde avec son riche patron pour aller vivre à Washington. Le récit de son voyage en avion (il n'a encore jamais pris l'avion) vaut son pesant d'or ; l'arrivée dans la grande ville étrangère, la perte des repères, les sentiments d'exil, d'angoisse, de déracinement sont tellement bien décrits que j'en ai le cœur serré. Et il y a ce détail fabuleux : Santosh, qui ne sort que pour aller au supermarché, passe beaucoup de temps à regarder la télévision ; c'est donc à travers la publicité qu'il découvre les Américains, occupés à récurer leurs maisons dans des pubs pour détergents, si tant bien est que lorsqu'il voit des Américains blancs dans la rue, il se demande s'ils sont là "entre deux pubs".

Le récit (ou chapitre) central, In a Free State, me pose pas mal de problèmes dans la mesure où, effectivement, il se caractérise par un sentiment de cynisme, de mépris et de danger qui me met mal à l'aise. Il se passe en Afrique de l'est, dans un pays non identifié de la région des Grands Lacs (probablement l'Ouganda), et raconte le périple de deux fonctionnaires coloniaux anglais qui rejoignent en voiture leur compound, alors que le pays autour d'eux s'enflamme et entre dans la violence. Il n'y a pas une goutte d'empathie ou de cœur dans ce texte plein de fiel, où tout le monde est profondément antipathique et corrompu. Aucune foi en l'humanité.

Malgré tout, j'ai quand même envie de continuer à lire du Naipaul (peut-être, d'abord, Miguel Street). Sans doute que, comme l'écrit Geoffrey Wheatcroft dans cet essai, "we should by now have gotten over the adolescent idea that great creative artists are necessarily lovable people with heartwarming opinions".

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On a completely unrelated note, je vous signale ce super article de Laila Lalami à propos de The Childhood of Jesus, le dernier roman de Coetzee (que j'ai lu et adoré, j'en parle brièvement ici) ; dans un tout autre registre, des photos du sud de la Chine qui donnent envie de voyager. Enfin, j'ai passé un très bon moment à lire ce génialement drôle billet sur les photos d'écrivains dans la presse (fou rire garanti). Et puis je suis aussi fascinée par ce blog, qui m'a permis de découvrir l'éditorialiste Thomas Friedman, un type un peu dans le genre de David Gilmour pour ce qui est du ton péremptoire et de la confiance en soi écrasante (jugez-en plutôt).

03/08/2013

Liste de choses diverses (hiver)


Green Patch, Port Lincoln


Ces derniers temps...

1) J'ai aimé découvrir le blog Vanished World, qui présente de très belles photos de cimetières juifs et de synagogues abandonnées, en Bucovine et en Ukraine, accompagnées de textes sensibles et intéressants sur la mémoire et l'oubli ;

2) j'ai été émue par l'histoire de la maison qui n'existait pas, sur le fabuleux Poemas del Río Wang ; même si l'histoire finit mal ;

3) j'ai revu Valse avec Bachir, un film complexe et fascinant, et vu pour la première fois Moonlight Kingdom et Somewhere (je sais, je suis très en retard sur l'actualité cinématographique) ;

4) j'ai lu des nouvelles magnifiques d'Andrea Barrett, dont une particulièrement belle mettant en scène Gregor Mendel, le moine botaniste qui inventa la génétique en hybridant des petits pois dans le jardin de son monastère ;

5) je rêve des patrons de tricot du si joli De Rerum Natura et de la laine Jacaranda in Bloom de Madelinetosh (malheureusement en rupture de stock) -- les jacarandas en fleur étant une des choses que je préfère dans l'hémisphère sud {ils sont sur la bannière du blog d'Agnès} ;

Jacaranda


Parathas

6) j'ai préparé des parathas et des nouilles soba, selon des recettes trouvées sur ce chouette blog végétalien garanti sans prêchi-prêcha moralisateur et suffisant, pas diététiquement correct et plein d'idées délicieuses ;

7) j'ai aimé Dance to the End of Love, une vidéo de l'artiste libanais Akram Zaatari ;

8) je lis No God but God de Reza Aslan, et ça me plaît. Bon, je ne comprends pas tout (je n'ai jamais été très douée pour la philosophie et la théologie, disciplines abstraites qui passent généralement très loin au-dessus de mon crâne), mais cela reste vraiment intéressant et enrichissant. {Pour ceux qui aiment être au fait de ce qui se passe dans le domaine des idées, Reza Aslan vient de publier un livre sur Jésus, ce qui n'est pas du tout apprécié par certains journalistes de Fox News}.

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{Aslan, Reza, No God but God. The Origins, Evolution, and Future of Islam, 2005}
{Barrett, Andrea, Ship Fever, 1996}
{Valse avec Bachir (Vals Im Bashir), Ari Folman, 2008}
{Moonlight Kingdom, Wes Anderson, 2012}
{Somewhere, Sofia Coppola, 2010}

23/07/2013

Mettre de l'ordre et cuisiner {kasundi de tomates}


Avant, je détestais la vaisselle cassée ou abîmée, je trouvais ça laid. Il fallait que tout soit net, immaculé, sans tache et sans rature, comme mes cahiers d'écolière ou les devoirs à rendre, que je passais un temps fou à recopier et mettre au propre. C'est très frustrant car, en réalité, la vie est pleine de désordre et de choses inachevées, et puis je n'arrive jamais à aiguiser mes couteaux correctement (malgré l'achat d'une pierre japonaise néanmoins utile à la fabrication des anches d'hautbois).

Mais je progresse. Il y a quelques semaines, j'ai été désolée quand ma théière en porcelaine a perdu son bec. Finalement, elle me plaît de plus en plus comme ça.

Une maison ordonnée, sans ratures et sans bris, me donne l'espoir d'une vie organisée, d'idées claires et nettes. Ou peut-être est-ce une illusion assez grossière, qui me fait prendre l'apparence pour l'essence ?
Cuisiner est peut-être une manière de mettre de l'ordre dans le chaos, ou de lui donner une forme. Il y a un an, mes amies Mij et Sue m'ont présenté le kasundi, un condiment indien à base de tomates, piments, épices et huile, que j'ai immédiatement trouvé délicieux. À part le servir avec vos currys, ce qui constitue la chose la plus évidente à faire, vous pouvez aussi l'étaler en fine couche sur une tartine de pain ou le proposer avec des pâtes, du riz, un œuf au plat ou un plat de lentilles (quand j'entends "plat de lentilles", je pense aussitôt "biblique"). Ça pique un peu (ou beaucoup), c'est acide, légèrement sucré et vraiment très savoureux. Je pourrais même dire que c'est addictif (avez-vous remarqué comme ce mot issu du domaine de la toxicomanie est devenu populaire lorsqu'on parle de nourriture ? C'en est devenu un cliché assez agaçant, tout ou presque étant "addictif"). [Pour ne pas faillir à ma réputation de grincheuse passéiste conservatrice : un jour, je ferai ici-même une liste commentée des usages linguistiques à la mode qui m'énervent.]

Je craignais un peu de publier une recette ici. Pourtant, j'en ai déjà eu envie, peut-être parce que, parfois, j'aimerais tenir un carnet de cuisine et de do it yourself illustré de jolies photos lumineuses, loin de l'austérité un peu ennuyeuse qui transperce sur ces pages. Même si j'aime vraiment beaucoup Coetzee (que je ne trouve décidément pas sans espoir parce que, j'en parlais l'autre jour avec Paul, il y a dans son écriture une telle empathie pour l'homme (et la femme)) et que j'ai vraiment envie, un jour, de lire Montaigne, j'aime aussi faire des tartes, des confitures et d'autres trucs, comme tricoter des mitaines, un bonnet un peu afghan pour mon mari, un cardigan ravissant pour Gaspard ou une écharpe en Noro Silk Garden (laine japonaise qui coûte les yeux de la tête) (message personnel : les amis, c'est le moment de passer commande, je suis (enfin) passée à la vitesse supérieuse ; et puis si vous avez des enfants c'est très bien car j'adore tricoter pour les tout-petits).

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Venons-en à la recette :

Pour un nombre raisonnable de pots (c'est-à-dire que vous pourrez en donner un (ou deux) et qu'il en restera encore un peu pour vous -- évidemment si vous utilisez des pots énormes ce ne sera peut-être pas le cas), il vous faudra deux kilogrammes de tomates, mûres évidemment. Attendez la fin de l'été. Il faut aussi environ vingt piments frais, rouges ou verts, moi j'ai utilisé des rouges de forme allongée mais d'autres variétés feront certainement aussi l'affaire. On peut, selon sa tolérance au piquant, ajouter encore une cuillère à café de piment en poudre (ou même plus), ça dépend de vos goûts, de votre éducation et de vos habitudes culturelles.

Tout commence par des graines de moutarde. Certains disent noires, d'autres jaunes, donc moi j'ai mélangé les deux, mais c'est peut-être mieux de s'en tenir à une sorte (mais alors laquelle ? je ne sais pas). En tout cas, il en faut une cuillère à soupe et demie, que vous mettrez à tremper dans 300 ml de vinaigre. Là encore, le choix du vinaigre s'avère compliqué. Une recette préconisait du vinaigre blanc, l'autre du vinaigre de malt. Faites au mieux et selon ce que vous avez. Les graines trempent assez longtemps, disons une nuit, dans le vinaigre. Le lendemain, elles se seront ramollies, et vous passerez l'amère mixture au blender, avec un gros morceau de gingembre pelé et vingt gousses d'ail épluchées. Ça donne une sorte de purée assez liquide.

Vous devez maintenant hacher fin les piments ; pour les graines c'est vous qui voyez, moi je ne les enlève pas, c'est contraignant et pas vraiment nécessaire. Vous devez aussi éplucher les tomates, ça c'est la plaie, faites comme bon vous semble (ébouillantez-les, utilisez votre économe à fruits mous, etc.) ; ensuite, coupez-les en gros morceaux et laissez-les égoutter dans une passoire.  

Pendant ce temps, faites chauffer 120 ml d'huile neutre dans une grande casserole à bords hauts. C'est ici que les choses se corsent : selon une des recettes que j'ai consultées, il faut que l'huile soit très chaude, et même carrément fumante, ce qui est potentiellement dangereux et pourrait déclencher votre alarme incendie (ça sent le vécu). Quand c'est chaud, donc, jetez précautionneusement 1,5 cuillère à soupe de curcuma moulu, 4 de cumin également moulu, la quantité de piment en poudre choisie si vous en utilisez. Faites frire les épices en faisant attention aux projections. Ce qui est chouette, c'est que ça sent bon, et globalement c'est un processus assez excitant. Ajouter les tomates égouttées, les piments frais hachés, la mixture vinaigrée, 120 grammes de sucre et une cuillère à café de sel fin. Laissez mijoter longtemps (plusieurs heures), jusqu'à ce que l'huile remonte à la surface et que la préparation ait épaissi. Goûtez pour ajuster la quantité de sel et mettez en pot. Attendez un peu avant de consommer.

Cette recette est un mélange de celles trouvées dans A Year in a Bottle de Sally Wise (sous le nom de Tomato Chilli Pickles) et dans un ouvrage général sur la "cuisine asiatique" dont j'ai oublié le titre ; il s'agit peut-être de The Complete Asian Cookbook de Charmaine Solomon, dans lequel elle apparaissait sous le nom de Tamatar Kasaundi.